Lettre ouverte aux artisans : laissez vivre les auto-entrepreneurs !

Mathieu Chartier Autour du web 0 commentaire

Bonjour,

Depuis quelques mois les artisans clament haut et fort leur colère envers les auto-entrepreneurs au point d'avoir semé le doute dans la tête du MEDEF et du gouvernement puisque la ministre Sylvia Pinel a rendu un rapport destructeur pour l'auto-entreprise. Qu'on se le dise, toute cette mascarade commence à bien faire, et les artisans devraient arrêter d'être égoïstes et de ne penser qu'à eux... Je vais essayer de leur rappeler quelques points fondamentaux du statut fiscal puisqu'ils ne semblent pas le connaître réellement puis je me permettrais de dire ce que je pense à la CAPEB (artisanat du bâtiment), malgré tout le respect que je porte à ces professionnels qui nous aident tant à longueur d'année.

1. L'auto-entreprise n'est qu'un statut fiscal parmi tant d'autres. Les artisans tapent sur les auto-entrepreneurs comme si tous allaient tuer leurs entreprises. Vous vous trompez de combat, ce sont vos charges qui vous abattent, pas les auto-entrepreneurs qui sont limités par de petits contrats. De plus, sans vouloir annoncer cela comme une vérité générale, reconnaissez que certains contrats trop peu rémunérateurs à votre goût sont refusés, et ce sont les auto-entrepreneurs qui les prennent. Il en va de même lors des périodes de vacances durant lesquels personne ne répond ou pire, pour les devis auxquels vous ne répondez jamais tant vous êtes débordés. Au final, une bonne partie des artisans râle, mais vous n'êtes même pas en mesure de répondre favorablement à ces contrats, luttez donc contre le gouvernement pour qu'ils baissent vos charges et apportent plus de souplesse aux statuts fiscaux comme les EURL/SARL ou EI, tout le monde sera gagnant et vous en sortirez grandis...

2. La micro-entreprise est un statut en tout point équivalent à celui de l'auto-entreprise, à 2-3 détails près, mais il reste plus qu'intéressant pour les professionnels qui ne peuvent pas atteindre des chiffres d'affaire importants. Si l'auto-entreprise est si problématique, pourquoi ne pas s'être attaqué aux micro-régimes complètement ? En effet, vous êtes en train d'envoyer un message complètement faussé qui prouvent que vous ne maîtrisez pas du tout votre sujet. Je conseille vivement à tous les artisans auto-entrepreneurs de changer de statut pour aller vers le régime classique, ils perdront certes un peu d'avantages mais au final, ils pourront continuer d'exercer et apparemment, cela ne dérangera pas les artisans puisque seuls les auto-entrepreneurs sont de méchants voleurs !

3. L'ensemble des auto-entrepreneurs ne sont pas des artisans, ils ne représentent d'ailleurs même pas la moitié des indépendants qui vivent sous ce statut. Mon cas personnel est un bon exemple, je suis en profession libérale et je n'achète quasiment aucune fourniture pour mon travail, un statut sans TVA est donc idéal et le plafond actuel permet de vivre convenablement. Je ne me plains pas, mais lorsque les artisans râlent, provoquent la haine générale, rabaissent le statut et entraînent des réformes comme celle de Sylvia Pinel, ce sont aussi les auto-entrepreneurs comme moi qui en subissent les conséquences, mais nous ne vous piquons aucun marché... Cela est même pire, car la paye que l'on se fait, aussi limitée soit-elle, nous pouvons la reverser dans de l'artisanat. Avec votre réforme, nous n'aurons plus d'argent pour vous payer des contrats, ce sera toujours 500000 à 900000 clients potentiels en moins, mais apparemment, cela ne vous dérange pas...

4. Détruire l'auto-entreprise ne vous apportera pas plus de clients, mais éventuellement plus de haine de la part de la gent populaire. Dans une phase où l'argent manque partout, où les difficultés se multiplient, c'est la solidarité qui devrait l'emporter sur l'individualisme et la bêtise humaine. Si mettre des gens à la rue ou au RSA vous convient, c'est un choix de vie, mais je ne le tolère pas, je le trouve presque pitoyable en cette période si difficile... L'ironie, c'est même que vos charges finiront peut-être par augmenter pour que nos RSA puissent être payés, je vous souhaite donc de trouver nombre de nouveaux contrats pour pallier à ce problème...

Certes, je suis volontairement ironique et provocateur dans cette lettre ouverte, ma colère est telle que je vois mon avenir s'assombrir pour des raisons absurdes, non maîtrisées et surtout qui condamnent une grande partie d'innocents (les professions libérales, les petits commerces, etc.) pour une poignée d'égoïstes qui ne répondront même pas aux demandes de devis que des gens leur font parvenir (pas tous bien entendu, la nuance est forte !).

Je tiens à terminer par la raison qui m'a emmené à écrire cet article. Jusqu'à maintenant, je suis resté relativement neutre dans la bataille menée contre les auto-entrepreneurs car j'estimais que chacun était libre de défendre son bout de gras, mais l'appel à la manifestation de la CAPEB a dépassé les bornes. En effet, nous avons reçu un courrier très intéressant dans notre boite aux lettres (je dis "nous" car plusieurs auto-entrepreneurs m'en ont fait part...), dans laquelle une phrase de la CAPEB est très "amusante" (comprenez l'ironie), je cite : "nous devons convaincre les pouvoirs publics des méfaits ravageurs de toute forme de travail clandestin et de concurrence déloyale (régime des auto-entrepreneurs, entreprises étrangères à bas coût, travail clandestin, etc.)".

Je vous laisse cogiter deux secondes sur cette phrase, mais sauf si je vois le "noir" partout, la CAPEB compare l'auto-entreprise au travail clandestin et aux entreprises étrangères à bas coût ? En gros, nous sommes des fraudeurs et des tricheurs ? Dans mon jargon, cela s'appelle de la diffamation, c'est d'ailleurs pour cette raison que je ne vais pas lâcher l'affaire de sitôt, je ne veux pas être mélangé avec les entreprises (non individuelles d'ailleurs...) qui usent et abusent de procédés douteux pour arnaquer les salariés et le gouvernement. Les auto-entreprises ne sont pas parfaites, et comme tout statut, elles ont leur lot de défauts, mais il y a des charges (contrairement à ce qui se dit partout...), une taxe professionnelle (CFE) et surtout, ce statut ne permet pas d'embaucher des travailleurs clandestins ou à bas coût. J'invite donc la CAPEB à réviser son jugement, à stopper toute forme de diffamation et à se regarder le nombril avant de tenir de tels propos...

Cordialement.

MANIFESTATION